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HVE : un recul de la démarche chez les céréaliers

Au 1er juin 2025, le ministère de l’agriculture fait état de 39 738 exploitations agricoles certifiées, dont 6,9 % en grandes cultures.

Après un engouement pour la Haute valeur environnementale (HVE) au début des années 2020, la dynamique s'infléchit depuis 2024. La nouvelle version de la certification, couplée à une absence de marché structuré et à la concurrence d’autres démarches, pèse sur la HVE.

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La certification Haute valeur environnementale (HVE) a connu une progression rapide jusqu’en 2023. Selon les chiffres publiés par le ministère de l’agriculture, la France comptait près de 27 000 exploitations certifiées HVE au 1er janvier 2023, contre moins de 10 000 deux ans plus tôt. Mais à cette date est entrée en vigueur la quatrième version du référentiel de la HVE, qui en modifie les conditions d’obtention.

« La V4 a été construite pour relever le niveau d’exigence de la certification, en réponse à des critiques qui accusaient la HVE de ne pas être suffisante sur le plan environnemental », explique Pierre de Prémare, président de l’association nationale pour le développement de la certification Haute Valeur Environnementale, l’interlocuteur de choix du ministère de l’agriculture. « La révision s’est accompagnée d’une complexification du volet administratif, ajoute-t-il. Pour quelques filières, comme le maraîchage hors sol, être certifiée HVE est désormais quasiment impossible. »

Sur le terrain, un essoufflement progressif

La nouvelle version prévoit l’interdiction des phytosanitaires de type CMR 1, et un abaissement des IFT autorisés. La fertilisation est aussi concernée, avec des dosages d’azote à l’hectare plus bas. Problème, le bilan azoté pris en compte est rapporté aux rendements. Une mauvaise année risque ainsi de rendre un agriculteur inéligible à la certification. « En 2024, nous avons été concernés sur notre territoire, indique Guillaume Chamouleau, céréalier en Charente et président de la Coop de Mansle. Certains n’ont pas pu continuer en raison de rendements de blé trop faibles. »

La coopérative s’était engagée dans la démarche en 2019. « Sur le dernier audit, nous avons encore 24 certifiés, indique Nicolas Millac, responsable qualité et RSE. Il y a quelques années, nous sommes montés à plus de 30 et là, tous les ans, nous en perdons un ou deux. » Il distingue plusieurs causes : « Il y a du désengagement dû aux départs en retraite, mais aussi des cas de non-conformité, pour lesquels les notes ne permettent plus la certification ». Le durcissement lié au changement de version a, selon lui, largement réduit l’engouement observé lors du passage à la version 3, en 2016. Sur les phytosanitaires notamment, « ça bloque ». « Lors d’une année pluvieuse où il faut désherber deux fois et passer trois fongicides, on n’y arrive plus. »

« Sur mon exploitation, je suis en agriculture de conservation des sols, ce qui m’aide pour la HVE » , explique Guillaume Chamouleau. L’intégration de légumineuses et l’allongement de ses rotations, tout comme le semis direct, lui permettent de ne pas être trop impacté par le durcissement de la certification. « Mais je fais ce qui me semble être bien pour mon exploitation, d’un point de vue agroécologique et raisonné, pas pour me conformer à la HVE, précise-t-il. Si je peux aller chercher les points pour être certifié, tant mieux, mais si j’avais dû en sortir, tant pis » 

Un recul constaté par les certificateurs

Nombre d'agriculteurs ont un raisonnement similaire, renonçant parfois à la HVE face aux contraintes de la V4. Au 1er juin 2025, le ministère de l’agriculture fait état de 39 738 exploitations agricoles certifiées, dont 6,9 % en grandes cultures , soit 2 791 de plus qu’au 1er janvier 2025. Une augmentation qui ne rattrape pas la diminution observée pour la première fois entre le 1er juillet 2024 et le 1er janvier 2025 (-2 825 exploitations). « Nous constatons une diminution du nombre de demandes de certifications, indique Fabien Zedde, directeur de l’organisme certificateur Ocacia. Nous avons plus d’exploitations qui arrêtent leur certification que de nouvelles demandes. » La diminution des certifications serait estimée entre 10 et 15 %.

Selon Fabien Zedde, cette évolution était attendue. Outre les difficultés liées à la V4, il cite aussi le crédit d’impôt de 2 500 euros, qui a constitué « un moteur » pour l’entrée dans la démarche, mais qui ne peut être obtenu qu’une seule fois. « Les agriculteurs ont du mal à valoriser les produits, donc à dégager de la plus-value pour leurs efforts », poursuit-il, en soulignant le recul de certains acheteurs : « Des distributeurs des produits agricoles, comme Grand Frais, s’étaient emparés de la HVE et demandaient des produits certifiés. Mais ils se détournent désormais de ce label. »

Des débouchés limités en grandes cultures

La question du marché et des débouchés est d’ailleurs au cœur des préoccupations des céréaliers. La coopérative de Mansle dispose d’un contrat avec Intermarché pour sa production de blé HVE. « Mais il s’agit d’un faible volume, précise Nicolas Millac. Cela représente environ 2 500 tonnes de blé, pour une collecte totale de 30 000 tonnes de blé et 60 000 à 70 000 tonnes de céréales au total. Nous avons une plus-value, mais peu représentative par rapport au volume. »

Et si le blé dispose d’un bonus, d’environ 50 € par rapport aux prix de marché, les autres cultures présentes dans l’assolement ne font l’objet d’aucune valorisation. « Parfois, nous allons avoir un coup de fil d’un industriel pour fournir 50 tonnes de lentilles HVE, mais c’est exceptionnel. Ce n’est ni de la contractualisation ni des volumes susceptibles de faire une différence », ajoute le référent HVE.

Concurrence d’autres démarches

Dans ce contexte, d’autres dispositifs suscitent davantage d’intérêt. « Nous recevons beaucoup de demandes de l’aval sur des filières bas carbone », indique Nicolas Millac, évoquant « un peu plus d’une trentaine d’adhérents » engagés dans une telle démarche. Les démarches CRC ou Label Rouge bénéficient aussi de plus de débouchés. « Avant je recevais chaque année une dizaine d’appels d’adhérents qui voulaient vérifier s’ils étaient éligibles à la HVE, mais aujourd’hui plus du tout », constate-t-il.

Pour le président de la coopérative, la poursuite de la HVE dépendra des débouchés : « Il faut une valorisation de la démarche par les industriels. Pourquoi, dans une future version, ne pas intégrer une brique Commerce équitable, afin de valoriser la HVE auprès des consommateurs ? »

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